Royalistes.Net

La Contre-Révolution vs La Gouvernance Mondiale

Suffrage universel : Le règne des incapables et des indignes

Quel est le fruit du suffrage universel ? Le règne des incapables et des indignes.

Ici les faits sont plus éloquents que tous les raisonnements. Ne voit-on pas tous les jours les hommes les plus éminents et même les plus populaires échouer contre des candidats imbéciles ou ignobles ?

Le suffrage universel ne porte-t-il pas dans les grands conseils de la nation des aventuriers téméraires et brouillons ? Un scélérat ambitieux se met à déclamer contre les abus ; il menace ses ignorants auditeurs d’un spectre imaginaire, d’une guerre, du rétablissement de la dîme, que sais-je ? il s’apitoie sur les souffrances du peuple, s’indigne de son oppression, promet de réduire les gros traitements, d’abréger le service militaire, de diminuer les impôts. Il sait au besoin se mêler aux ouvriers, serrer la main des derniers d’entre eux. Il descend à des bassesses pour se rendre populaire, et pour quelques jours il se fait, jusque dans les cabarets, le familier de ceux qu’il méprise et qu’il dédaignera dès qu’il n’aura plus à mendier leur suffrage.

Puis souvent les sociétés secrètes dont il est l’élu gagnent à prix d’argent les journalistes et les journaux, donnent les mots d’ordre et mettent en campagne le ban et l’arrière-ban. Partout les mêmes bruits sont répandus pour le candidat favori contre le candidat adversaire. En définitive, malgré son incapacité notoire et la dépravation de ses mœurs, quoique méprisé de tous, ce candidat est élu à une énorme majorité. Le voilà sénateur ou député, peut-être chef de  l’État.

Dans ses nouvelles fonctions, il n’a’ aucun souci du bien public : un égoïste et un débauché peut-il penser aux autres ? Son unique préoccupation est d’accroître ses richesses et sa puissance et de se conserver la faveur des sectaires qui l’ont porté au pouvoir. Il obtient ou distribue les places à ses parents et à ses amis. Grâce à certains secrets que la conscience désavoue peut-être, mais qu’avoue la cupidité, les millions affluent chez lui. Il se consume a déjouer ou à ourdir des intrigues. Or mettez dans les assemblées publiques, mettez à la tête de l’Etat des hommes nommés de la sorte : vous avez le triomphe de la sottise et du vice ; tout va à l’aventure, et la nation, comme un train conduit par un mécanicien ivre, est sans cesse en danger de périr.
Le suffrage universel établi comme un principe ou un droit absolu et l’application des deux dogmes révolutionnaires de la souveraineté du peuple et de l’égalité de tous les citoyens. D’une parti en effet, si le peuple est souverain, il doit régner ; mais comme le peuple, personne morale, ne peut entrer dans tout le détail du gouvernement, il ne peut diriger les affaires publiques, en général du moins que par des mandataires. D’autre part, si tous les citoyens sont égaux entre eux, tous ont le droit de concourir de la même manière à l’élection des représentants du peuple.

Dans la pure théorie révolutionnaire, le suffrage universel nomme tous les fonctionnaires, quels qu’ils soient, chefs du pouvoir exécutif, membres du pouvoir législatif, magistrats, officiers militaires ; bien plus, il intervient dans toutes les affaires importantes pour les régler directement : aucune loi importante par exemple, n’est définitive avant d’être ratifiée par le peuple assemblé en comices. (Les comices sont dans la République romaine des assemblées qui expriment la volonté du peuple romain dans les domaines électoraux, législatifs et judiciaires.)

La théorie du suffrage universel a exercé une grande fascination sur certains esprits, même honnêtes. « Les conseils sages ne sont-ils pas là où il y a beaucoup de conseillers ? La voix du peuple n’est-elle pas la voix de Dieu ?

Les affaires de la nation peuvent-elles mieux être traitées que par la nation elle-même ?

Aujourd’hui, à moitié désabusés par l’expérience, la plupart des gens sérieux repoussent la théorie absolue du suffrage universel : « Il est incontestable que les sages eux-mêmes perdent le sens quand ils sont au milieu des foules. La sagesse peut se trouver avec le petit nombre. Le peuple se laisse facilement égarer par ses plus grands ennemis : les ambitieux, à l’aide de quelques mots sonores et de promesses chimériques, peuvent séduire les masses. » « Il y a un genre d’aliénation mentale qu’on appelle la folie en commun. Elle consiste en ceci : deux ou trois personnes, » ou, si vous le voulez, deux ou trois milliers, ou encore sept ou huit millions « douées de raison individuellement, déraisonnent lorsqu’elles sont réunies. Cinq ou six esprits mal équilibrés ou pervers dans une réunion d’hommes de facultés moyennes. » quelques milliers de sectaires au milieu d’une nation, « donnent le ton ; tous suivent par un entraînement aveugle ».

Toutefois un grand nombre d’esprits, même parmi les catholiques, caressent encore à l’endroit, du suffrage universel des théories quelque peu dangereuses, bien que mitigées. Ils repoussent, il est vrai, l’éligibilité de la magistrature, beaucoup aussi celle du premier chef de l’État. Mais ils veulent obstinément que le suffrage universel nomme les législateurs, comme aussi les conseils des communes et les assemblées qui sont préposées aux diverses divisions territoriales du pays.

Or le suffrage universel, quand même on en restreint l’application, s’il reste proprement universel, est, disons le mot, une institution absurde.

En premier lieu, il ne tient pas compte du mérite, sous ses divers aspects, c’est-à-dire de l’expérience, de la plus grande responsabilité sociale, des services rendus, de la moralité, de l’instruction de ce que l’on appelle en un mot à juste titre les autorités ou les influences sociales, de ce qui fait l’élément constitutif et nécessairement prépondérant du corps social, comme si le corps politique pouvait être conçu abstraction faite du corps social lui-même. Le suffrage du père de famille, du vieillard plein d’expérience, ne compte pas plus que celui du jeune dissipateur. Le vote d’un citoyen sans culture intellectuelle ni morale, sans responsabilité sociale, sans fortune, sans renommée, a autant de poids que celui du magistrat, de l’évêque ou du roi.

Qu’un législateur d’aventure fasse cette loi « Toutes les pièces de monnaie qui sont en France vaudront chacune un franc ; » tous crieraient à l’absurde. Des législateurs insensés ou ambitieux ont dit : « Tous les bulletins de vote seront égaux; » on a applaudi et on applaudit encore. Cependant la seconde loi choque autant le bon sens que la première.

Dieu a mis les sens principaux dans la plus petit partie du corps humain, la tête ; de même, dans le corps social, il a donné le conseil et l’intelligence au petit nombre. Il n’est pas moins insensé de donner dans la société la même influence à tous les hommes, qu’il ne le serait d’assigner dans le corps humain les fonctions de la tête à tous les membres. D’après la nature des choses, le mérite doit faire la loi au nombre, l’esprit commander à la matière, la tête gouverner le corps. Avec le suffrage universel, le nombre fait la loi au mérite, la matière l’emporte sur l’esprit, le corps préside à la tête.

D. P. Benoît  – Les Erreurs modernes