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La Contre-Révolution vs La Gouvernance Mondiale

Suffrage universel : sortie de larves tous les 5 ans ? – Léon Daudet

élections larves moutons

Les infiltrations spectaculaires du peuple dans la Convention traduisaient le véritable état d’esprit révolutionnaire, aux yeux duquel c’était la foule, dans sa plus large expression, qui devait dicter sa loi à ses délégués au gouvernement. C’était la formule de Marat, le véritable inventeur de la dictature, ou plutôt de la prétendue « dictature, du prolétariat ». Car la foule, comme le mercure, se morcelle toujours, à un moment donné, en parcelles, souvent opposées les unes aux autres. Par elle, et ses subdivisions, on en revient ainsi aux partis, qui eux-mêmes élisent des chefs aux avis contradictoires. C’est ainsi que le gouvernement par la masse aboutit inéluctablement au gouvernement par les groupes. D’où bataille et, suivant la tension des circonstances, lutte, ou guerre implacable. Les sélections par l’assemblée sont inopérantes. L’absence de sélection est immédiatement homicide.

Bainville disait que le suffrage universel est une sortie, tous les quatre ans, de larves dont on ne peut prévoir si elles tourneront à droite ou à gauche. C’est tout à fait cela. En effet, le suffrage universel ne connaît pas un mot des problèmes sur lesquels on fait semblant de le consulter et il s’exprime sur eux au petit bonheur, ou d’après des engouements passagers. Le misérable Philippe-Égalité, que Paris avait acclamé lors des États généraux de mai 1789, fut élu à grand’ peine à la Convention, et encore grâce à l’appui de Marat, aux côtés duquel il alla siéger. Il n’est pas de bourde que l’on ne puisse faire avaler au suffrage universel, si on sait les lui présenter avec une sauce appropriée.

Voici les principales bourdes, devenues populaires, dont sortit la Convention, après les massacres de septembre 1793 :

    1. Le roi est un abominable tyran, secondé par une hyène – Marie-Antoinette – avide du sang, des Français ;
    2. Le roi et la reine conspirent journellement contre la liberté du peuple français, avec l’appui de l’étranger. Ils correspondent avec les émigrés et l’armée de Condé, dont le quartier général est à Coblentz ;
    3. Les bandits de Vendée et de Bretagne sont aux gages de l’Angleterre et de l’Allemagne, de Pitt et de Cobourg. C’est Mme Veto, la mère Capet, qui fait la liaison ;
    4. Le roi et la reine doivent être mis en jugement et exécutés. Cela frappera de terreur l’étranger et sauvera la France de la servitude.

Il n’est aucun de ces chefs d’accusation, rédigés dans les bureaux des comités de Sûreté générale et de Salut public, qui ne soit un grossier mensonge, mais colporté par une presse stylée et sans contrepartie, depuis l’assassinat de Suleau. On sait que Laclos dirigea la feuille officielle des Jacobins, laquelle donnait le ton aux innombrables chiens aboyant à la mort. Cette campagne dut coûter des sommes énormes au duc d’Orléans puisqu’il en sortit complètement à sec. Sa rabatteuse était sa maîtresse, Mme de Buffon, ennemie jurée du roi et de la reine et qui coucha par la suite avec Danton. Elle et Mme de Genlis travaillèrent de concert à l’assassinat des souverains, avant de se brouiller à mort.

Que le taux de la haine envers le roi et la reine ait pu être ainsi maintenu pendant cinq ans au milieu de tant d’évènements, voilà qui surprendrait si l’on ne tenait compte, avec Mortimer Ternaux, des deux comités dits de gouvernement et notamment de celui où siégeaient les bêtes de l’ombre, conductrices de l’opération. Ainsi se fabrique, ainsi se maintient l’opinion publique. Chose curieuse, un Robespierre ne le comprit que dans les derniers temps de sa vie et même alors il ne put apporter les précisions qui l’eussent peut-être sauvé en détournant l’orage de sa personne.

Comme il arrive entre complices, le soupçon joua un rôle de premier plan parmi les chefs de la Révolution. Chacun d’eux avait, dans la police politique, des auxiliaires qu’il croyait dévoués et qui, bien entendu, le trahissaient. La dépréciation de la monnaie, qui, du fait de l’inflation, allait croissant, venait en aide à cette surenchère. Le voisin soupçonnait son voisin l’amant sa maîtresse et celle-ci son amant. Cela surtout chez les premiers rôles, qui étaient ainsi les plus exposés. Avec le soupçon, la délation était courante ainsi que le chantage. Les « Musiciens » faisaient des affaires d’or, certains d’entre eux étaient célèbres et fort achalandés.

D’où un état de décomposition sociale, alors torrentueux, devenu nappe fétide par l’avachissement de la démocratie. Un mot domine la Terreur, celui de « suspect », il a donné naissance à la loi que l’on connaît et dont les ravages furent incalculables.

Était suspect celui qui avait fréquenté des ci-devant, car comment admettre qu’il ne fût pas demeuré en relations avec eux ?

Était suspect celui qui dépensait largement. Car d’où lui venaient les sommes qui coulaient ainsi de ses mains ?

Était suspect celui qui ne dépensait pas, ou presque pas. C’était donc qu’il thésaurisait, entravant ainsi la circulation de la monnaie et affamant le pauvre monde. L’avarice était ainsi suspecte au même titre que la prodigalité. La suspicion venait en aide à l’envie, cette plaie empoisonnée de la démocratie en action. Les serviteurs – ce qu’il en restait – épiaient les maîtres et faisaient des rapports à la police. Des vocations d’indicateurs bénévoles s’affirmaient. L’émancipation des couches basses du Tiers, précipitée, mettait en mouvement une foule de chenapans qui trouvaient leur emploi dans la levée en masse et les fournitures militaires. La gabegie entrait dans les murs. Il n’était question, dans les discours publics, que de vertu et le vice coulait à pleins bords. Il avait son quartier général : le Palais-Royal. De la bonne société, qui le pratiquait au XVIIIe siècle, il avait glissé dans la plèbe, donnant naissance à la canaille, et celle-ci tenait le haut du pavé, ayant accès aux postes et aux charges d’État.

Léon Daudet

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