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La Contre-Révolution vs La Gouvernance Mondiale

La religion des Droits de l’Homme

Cette précision faite (LIRE ICI place à l’éclairage sur cette religion du progrès. Derrière le rideau rouge, quelle est sa mentalité ? Quelle est sa finalité ? Comment pense-t-elle l’homme ?

Habiles chercheurs de puces et idiots utiles de la maçonnerie, les relativistes corrigeront déjà en insistant sur « ses » visions du monde. Il ne faudra pas les contredire : tout cela est vrai.

Il existe au sein de la maçonnerie des divisions infinies, pour ne pas dire des guerres : la branche spiritualiste, cryptocatholique et légitimiste sur le plan politique (celle d’un Maistre), la branche déiste et anglomane (réformiste, mais légaliste) de l’autre ; enfin, la branche acquise aux Lumières et favorable aux idées révolutionnaires (matrice des clubs de la Révolution) ; bref, une maçonnerie rationaliste, déiste et mystique avec à chaque fois, un positionnement politique différent, partagé entre libéralisme anglo-saxon, réforme aligné sur les idéaux de la Révolution, puis sur le régime impérial français et, enfin, légitimisme de la maçonnerie traditionnelle. (p.1184, Oeuvres, Joseph de Maistre).

Il faut le reconnaître : toutes ces variations, charme de la maçonnerie, sont justes. Cela ne signifie pas pour autant qu’un invariant est inaccessible. Or, cet invariant existe ; c’est ce que nous entendons relever pour la suite de notre enquête.

Même s’il n’est pas le lieu de mettre l’accent sur le symbolisme maçonnique, il est utile de relever la signification de l’oeil dans le triangle, représentation du « Dieu horloger », la Liberté avec un L brisant les chaînes de la servitude (l’Ancien Régime), laquelle participe à convertir le vieil homme en Homme nouveau, le Républicain, selon une imitation paulinienne renversée jusque dans la symbolique du serpent se mordant la queue. Le bonnet phrygien peut renvoyer à Mithra, souvent représenté sous les traits d’un jeune homme coiffé d’un bonnet phrygien, plongeant un poignard dans le cou d’un taureau, selon les mystères qui étaient célébrés en son honneur dans le monde hellénistique puis à Rome avec, en plus des tauroboles, des épreuves initiatiques et parfois des sacrifices humains ; quant aux faisceaux des licteurs, tout le monde fera le rapprochement :  la maladie de la « romanite »… 

La franc-maçonnerie a une histoire, des codes, des rites, une philosophie d’existence qui ne peuvent s’expliquer sans insister sur le fameux « Dieu horloger », ce Dieu abstrait, totalement indifférent aux occupations humaines. Pas de salut ni de possibilité de perdition. Il est « au-dessus », un point c’est tout – ce déisme justifie, par exemple, l’annulation de la prière.

La maçonnerie spéculative s’est constituée une histoire à partir de la maçonnerie dite « opérative » ; les premiers maçons sont en fait des gnostiques : un gnostique est quelqu’un qui prend des symboles religieux et les mêlent à d’autres avec toujours cette idée qu’il faut revenir à un état de pure nature. Ils sont les constructeurs des cathédrales, en partie. Aussi, il existe un mythe fondateur : Hiram, l’architecte du Temple de Salomon, aurait été tué par d’autres compagnons. Nous n’avons aucune trace scripturaire de ce meurtre (mais Hiram est dans les Rois de la Bible) ;  c’est principalement une tradition orale, au départ. La finalité de la maçonnerie est la reconstruction du temple de Salomon, vécu comme l’âge d’or des supposés maçons opératifs, les premiers initiés de l’histoire.

Il existe des dogmes dans la franc-maçonnerie qui justifient, en partie, l’adhésion d’ un initié – ajoutons que cet initié est présenté aux frères par cooptation. Si vous voulez vous faire baptiser, il vous suffit de rentrer dans une église et de vous confier à un prêtre. Si vous voulez être franc-maçon, il faut connaître un frère, avoir souvent un bon portefeuille (les ouvriers se font rares dans les loges), et adhérer aux dogmes de ses temples :

1) Le syncrétisme : Toutes les religions sont dignes d’être appréciées au même niveau d’exigence. L’une n’est pas plus supérieure qu’une autre. (ce syncrétisme se justifie par rapport au dogme premier, à savoir : le déisme). La religion est ici convertie en spiritualité, une conviction sans la verticalité du dogme, ce qui revient à dogmatiser l’humeur.

2) Le relativisme : Aucune vérité n’est définitive. La morale est contingente, évolue, n’est pas transcendantale. Ce qui est vrai aujourd’hui sera faux demain. Il s’agit d’une morale pratique et évolutive (on pense à Kant, lui aussi héritier du nominalisme occamien)

Jamais le déisme n’a fait l’objet d’une analyse métaphysique digne de ce nom, bien que Tresmontant en ait révélé définitivement l’ineptie pour manifester le rationalisme intégral du théisme. La franc-maçonnerie se situe dans un courant qui vient du Moyen Age et qui, le sachant ou non, a pour héritage le nominalisme. Ce dernier, qui « accorde réalité aux individus et non aux relations, aux éléments et non aux ensembles, est très fort chez nous. En fin de compte, ce n’est qu’un autre nom de l’individualisme, ou plutôt l’une de ses faces. On se propose en somme de l’analyser, et il refuse d’être analysé : en ce sens l’opposition est sans issue. Il ne veut connaître que Jean, Pierre et Paul, mais Jean, Pierre et Paul ne sont des hommes que du fait des RELATIONS qu’il y a entre eux. » (Louis DumontEssais sur l’individualisme, p.24)

Par exemple, la fameuse phrase « Je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez le dire » ne se convertirait jamais par la suivante : « Je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrai jusqu’à la vie pour que vous cessiez de vivre de représentations.«

Ce qui importe pour les francs-maçons, ce ne sont pas les personnes, mais les idées. Cela rejoint l’antique gnose : le monde est jugé mauvais, la matière est mauvaise ; ce qui est pur, ce sont les idées, la spéculation, royaume du pur esprit, la Pistis Sophia. Tel est le « geste » métaphysique de la maçonnerie qui a des conséquences réelles dans la vie quotidienne.

Ainsi, quand Lucien Neuwirth, franc-maçon, propose la loi autorisant la contraception en France en décembre 1967, il le fait avec les meilleures intentions du monde, d’après sa mentalité de départ : la liberté des moeurs et la primauté d’une politique néo-malthusienne qui traduit un rejet gnostique du corps. Puisque le corps est périssable, on peut le déconsidérer, jouer avec selon nos caprices, comme de la pâte à modeler.

Egalité : Il n’y en a aucune dans la franc-maçonnerie ; il est question d’une égalité potentielle, jamais réelle. 1. Les femmes sont dans des loges spécifiques, séparées de celles des hommes, alors que, chose amusante, la parité hommes/femmes a été pensée dans les loges 2. il y a le monde profane séparé de celui des initiés, les élus.
De plus, il faut connaître un franc-maçon pour y rentrer. Les ordres sont séparés : compagnon, apprenti, maître.

Liberté : L’autre nom du self-made man : toujours plus loin dans la maîtrise de soi. C’est un pélagianisme qui ne dit pas son nom ; Pélage considérait qu’on pouvait atteindre le salut de son propre chef. La liberté est une fin en soi pour le maçon, quand elle est un moyen pour le catholique, reconnaissant la motion prévenante de Dieu, plus communément appeler la Providence, c’est-à-dire la causalité voulue selon la bonté divine. La Liberté maçonnique s’inscrit dans l’héritage de l’individualisme : nous passons des relations entre hommes aux relations des hommes aux objets. (Homo Aequalis, Louis Dumont)

Fraternité : hédonisme ; la recherche du plaisir, telle est la finalité. Libertinage, divorces, IVG, PACS, euthanasie, etc. Il y a quelque chose de séduisant dans cette philanthropie sans médiation. Très souvent, le franc-maçon agit « pour le bien » (de l’humanité) – il en est même souvent convaincu ; mais de quel bien s’agit-il ? Où est le bien et le mal lorsqu’on est dans le subjectivisme moral et qu’on sacralise malgré soi sa propre conscience ? Inévitablement, ils évoluent selon les moeurs et les humeurs, servant de relais à un consumérisme utilitaire.

Ancien médecin chirurgien-gynécologue, Maurice Caillet fait observer dans Hédonisme et christianisme que « l’hédoniste instrumentalise, chosifie l’objet de son désir. Il n’aime pas l’autre, il veut le posséder, comme un vulgaire objet de consommation » (p. 35) ; il n’y a plus que des conjoints, de simples instruments de jouissance égoïste ;  la contraception provoque l’incapacité d’aimer vraiment, le vagabondage sexuel compulsif, comme une drogue, et la frigidité accompagnée d’anxiété.

3) Enfin, l’universalisme abstrait se traduit en mondialisme technocratique. C’est abstrait et anti-organique. Il n’y a pas de pouvoir personnel. C’est le royaume de la technocratie. La politique est pragmatisme, Realpolitik   détaché de toute finalité ; la justice et son droit abstrait se réduisent à simple ajustement digne d’un code de la route rawlsien. (cf Le sacrifice et l’envie, Jean-Pierre Dupuy)

Fascisme de l’impersonnel : l’individualisme

« Le fond de mon enseignement consistera à te convaincre de ne pas craindre la sacralité et les sentiments, dont le laïcisme de la société de consommation a privé les hommes en les transformant en automates laids et stupides, adorateurs de fétiches. » (Pier Paolo Pasolini, Lettres luthériennes)

Dégénérescence du christianisme, la franc-maçonnerie ressemble à un jeu de rôle sacré, où l’on assimile « une fiction à laquelle on adhère » pour reprendre Roger Dachez. Paradoxe du maçon, il s’agit d’assumer une distanciation avec le réel tout en jouant un personnage sacralisé, maître du verbe. C’est l’occasion de mettre en évidence l’immanentisme des loges, doctrine selon laquelle les maçons se croiraient consubstantiels à la divinité. 

Il est inutile d’être franc-maçon pour adopter leurs dogmes dans le quotidien ; le conditionnement est tel qu’il devient difficile pour beaucoup d’y échapper, si bien que l’expression « laïcs non-pratiquants » prend tout son sens, à la manière d’un Michel Onfray qui serait plutôt un « laïc militant ». En réalité, ils ont tellement intégré le relativisme, l’auto-suffisance et l’utilitarisme qu’ils sont devenus des prières vivantes du credo franc-maçon. Il suffit de lire La culture du narcissisme de Christopher Lasch pour être saisi de l’influence contagieuse d’une vision du monde prédatrice et infantile, au point que toute la mentalité de la maçonnerie s’est imposée en norme comportementale depuis au moins deux  siècles.

« L’économique comme catégorie majeure représente le sommet de l’individualisme et, comme tel, tend à être suprême dans notre univers. » (Louis Dumont, Homo Aequalis I, p.75)

Le mythe de l’individualisme repose sur la primauté de l’individu coupé de toute finalité transcendante quand ce dernier se comprend par rapport à ses relations qui l’in-forment ; il n’est pas un aérolithe « jeté dans le monde ». La meilleure méthode pour étudier une société donnée, c’est de révéler les dogmes, les rites et les interdits qui la constituent. Si jamais on commence avec l’a priori individualiste, alors, dans notre cas, nous n’aurons pas conscience des dogmes de notre société.

C’est pourquoi une grille de lecture holiste s’impose (= dire ce qu’est notre société) afin de penser l’individu, ce qui témoigne d’une exigence réaliste, aristotélicienne : « Le tout est nécessairement antérieur aux parties. » (La politique, Livre I, chapitre 2)

Hélas, si jamais on adopte la méthode opposée, si jamais on place l’individu avant le groupe, on se condamne à des erreurs de perspective inévitables, quitte, parfois, à devenir complices d’un système qu’on aurait intériorisé malgré soi. Pour mieux le comprendre, il est important d’insister sur ce fait anthropologique : un individu est avant tout le « produit » d’un milieu dans lequel il vit. Il ne peut en sortir qu’en ayant conscience de ce milieu.

De fait, le coeur de notre civilisation a pour dogme l’individualisme ; derrière le rideau rouge de la franc-maçonnerie se révèle l’ultime interdit : une indifférence libérale à l’égard du religieux, trahissant un présupposé digne de la philosophie des Lumières, selon lequel la religion est assimilée au fanatisme, quand, au contraire, la religion est mère des civilisations ; le sacré contient la violence, dans la mesure où, pour mieux unir une communauté, il expulse, par le sacrifice, tout ce qui serait susceptible de créer des violences intestines, en premier lieu l’uniformité entre les membres du groupe.

Nous nous sommes efforcés de porter l’attention sur les racines religieuses de ce  libéralisme. C’est Claude Tresmontant qui a su pointer une telle ambiguïté :

« La foi est personnelle mais ne peut pas être communiquée ; et qu’en conséquence la foi doit rester dans le domaine privé et ne doit jouer aucun rôle en politique : La politique, c’est l’ordre de la nature et de la raison. La foi, c’est du surnaturel, et elle ne fait pas partie de l’ordre de la raison et de la science. Les deux domaines, la théologie et la politique, sont ainsi séparés, exactement comme chez Kant, le croire, la foi, le Glauben, – et le savoir, le Wissen, la science. »

« Du point de vue des hommes politiques qui professent l’athéisme, c’est parfait. Le système est parfaitement satisfaisant. L’homme politique athée laisse volontiers à son collègue religieux, comme on dit, ses croyances plus ou moins irrationnelles, à la condition qu’il ne les fasse pas intervenir dans le domaine politique. »

« Désormais les questions de fond ne relèvent plus de la discussion rationnelle. Elles relèvent de ce que nos hommes politiques appellent pudiquement et en baissant les yeux, leur sensibilité politique. »

Mais que fera-t-on quand on reconnaîtra que cette sensibilité n’est pas fondée en raison et qu’elle répond à une mentalité gnostique, elle-même ritualisée ? Que l’athéisme, comme le panthéisme, est religieux, beaucoup trop religieux, puisqu’il divinise indûment l’univers en lui prêtant des pouvoirs et des capacités qu’il ne possède pas ?

C’est pour cette raison qu’on peut être franc-maçon et l’ignorer comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir ; la formule « non pratiquant », en définitive, relève du sophisme – en réalité, on est une pratique. On n’est jamais statique. Nos actes disent quelque chose. L’être est une action comme l’a définitivement démontré Maurice Blondel.

Si les sondages, le rituel du vote dans un isoloir, le rituel du « débat » entre les deux adversaires du second tour, les hymnes nationaux, les fêtes nationales, le rôle de l’économie et de la justice sur ce sol enfin débarrassé de toute sacralité supposée aliénante, ne relèvent en rien, c’est entendu, d’une quelconque empreinte religieuse, alors l’être humain, même l’individualiste tolérant qui s’en va guerroyer (un autre rite) au nom de ses valeurs, n’a définitivement rien à voir avec ce méchant sacré. Définitivement.

Ce qui nous a paru intéressant, ce n’est pas de révéler l’existence du laïcisme, son projet délirant, sa morale absurde ou ses fantasmes de malade, mais de vérifier combien, en dépit de sa tentative libertine, il est impossible d’échapper à un espace sacrificiel au point que « Ceux qui, au nom de leur précieuse différence, refusent systématiquement de se plier à la moindre coutume (= toute manière de vivre partagée) tendent généralement à développer, en retour, un grand nombre de manies individuelles (qui ne sont que des coutumes et des cérémonies privées), et, surtout, un grand potentiel de haine et de colère (auto)destructrice. » (Jean-Claude Michéa, L’empire du moindre mal, p.140)

© Jérémy Marie, pour Itinerarium

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