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La Contre-Révolution vs La Gouvernance Mondiale

1789 : 2 millions de morts français ou comment démocratiser le trépas en France !

Deux millions de morts : tel semble être, aux seuls dépens de la France, le coût des guerres de la Révolution et de l’Empire. Deux millions de Français, jeunes pour la plupart, tombent sans postérité. Leur disparition, et du même coup celle des Français qui auraient dû être leurs enfants et petits-enfants, pèseront sur toute la démographie du siècle, et l’appauvriront.

« La guerre n’est plus la seule affaire des professionnels : tout le peuple, levé en masse, est appelé à prendre sa part des honneurs et des horreurs du combat. C’est la promotion démocratique de l’holocauste. »

« C’en est fini des armées de métier, formées de nobles et de mercenaires. Le peuple entier est appelé à mourir sur les champs de bataille. La Révolution égalitariste banalise un privilège jusqu’alors réservé à quelques-uns. Elle démocratise la gloire et le trépas. »

Deux millions : c’est à peu près autant que ce que coûteront ensemble à la France les deux conflits les plus meurtriers de l’histoire, ceux de 1914 et de 1940. Mais le sacrifice est plus lourd quand il frappe un peuple de quelque 27 millions d’âmes, que s’il se rapporte à 40 millions de citoyens.

La France du XVIIIe siècle avait perdu l’habitude des épreuves de ce genre. Depuis la fin du règne de Louis XIV, son territoire n’avait plus été envahi. Les seules guerres qu’elle avait encore affrontées s’étaient déroulées bien au-delà de ses frontières, du côté de la Pologne, de la Prusse ou du Canada. Elle avait acquis la Lorraine et la Corse au moindre prix, moyennant la perte de quelques centaines d’hommes. Au demeurant, les conflits ne mobilisaient guère que des professionnels, et l’on se battait « en dentelles », même si les dentelles étaient quelquefois tachées de sang.

Avec la Révolution, tout change. D’une part, les invasions recommencent : on se bat sur le sol français dès 1792, et pour finir sur deux occupations ennemies, en 1814 et 1815. D’autre part, la guerre n’est plus la seule affaire des professionnels : tout le peuple, levé en masse, est appelé à prendre sa part des honneurs et des horreurs du combat. C’est la promotion démocratique de l’holocauste.

Pis encore : à la guerre contre l’étranger se superpose la guerre civile, et, selon l’usage, elle est la plus impitoyable. Les massacres dans les prisons de Paris, la guillotine sur les grandes places des cités, le carnage vendéen comptent parmi les données de l’hécatombe révolutionnaire.

(…) La France pourtant « a pris la résolution solennelle de n’entreprendre aucune conquête, de n’attaquer la liberté d’aucun peuple ». Le rappel de cet engagement figure étrangement dans « l’exposition des motifs qui ont déterminé l’Assemblée nationale à déclarer qu’il y a lieu de déclarer la guerre au roi de Bohême et de Hongrie » (Séance du 22 avril 1792, texte rédigé par Condorcet) : acte premier d’une guerre qui doit embraser l’Europe et durer vingt-trois ans, sous la double réserve du bref intermède de la paix d’Amiens (mars 1802 avril 1803) et de l’entracte de la Première Restauration (avril 1814 mars 1815).

(….) Sans y prendre garde, la France révolutionnaire passe vite de la paix à la guerre. Contre les émigrés, qui accumulent impudemment les rodomontades et ne seraient pas fâchés de voir l’Autriche épouser leur cause, les députés girondins trouvent que la circonstance se prête à réchauffer le zèle des patriotes. Brissot et ses amis se font les prédicateurs d’une guerre libératrice, qui reléguerait au second plan les difficultés intérieure

« La guerre, dit-on dans les clubs, serait actuellement un bienfait national, et la seule calamité à redouter serait de n’avoir pas la guerre. » « La guerre est un remède nécessaire » (l’Ami du Roi, 15 janvier 1792). « Législateurs, réveillez-vous, foutre, tonne le Père Duchesne; la guerre, foutre, la guerre si vous voulez la paix! » Adieu, rêves de fraternité ! La guerre est votée dans l’enthousiasme : guerre à l’Autriche, c’est-à-dire aux rois. On va libérer les peuples opprimés et détrôner les despotes.

Cette frénésie guerrière ne dure qu’un temps. Si la Révolution est belliqueuse, l’Empire, contrairement à sa légende, n’aspire qu’à la paix. La France a d’ailleurs tout intérêt à consolider ses gains territoriaux, dès lors qu’elle a atteint ses « frontières naturelles » ou ce qu’on se plaît à considérer comme tel. Napoléon n’est pas le conquérant-né que décrivent complaisamment ses contempteurs. Il n’a chaussé les bottes de la Révolution que pour en confirmer les conquêtes. Il n’élargit son domaine que pour les sauvegarder.

C’est l’Angleterre qui l’y contraint : elle ne tolérera jamais la présence d’une grande puissance sur le rivage qui lui fait face. Comme Calais jadis, les bouches de l’Escaut, entre des mains ennemies, constituent pour Londres la pire des menaces. Les principes révolutionnaires ne gênent pas l’Angleterre : elle les soutiendrait même volontiers, s’ils lui paraissaient en mesure d’affaiblir la France et l’économie française; elle apprécie le désordre sur le continent. Mais l’ordre consulaire et impérial ne lui dit rien qui vaille. L’Angleterre, forte de sa « cavalerie de Saint-Georges », noue et renoue les coalitions contre une France qui lui paraît dangereuse. Elle n’aura de cesse que la France, évacuant la Flandre maritime, ait été ramenée dans le cadre de son hexagone.

Pour soutenir sa guerre d’un quart de siècle, la France a l’avantage du nombre. Mais il ne suffit pas d’être la nation la plus peuplée. Encore faut-il que, pour le fusil ou le canon, le paysan quitte sa charrue, l’artisan son atelier, le bourgeois ses pantoufles. Il ne suffit plus d’une armée de mercenaires rassemblée par des sergents recruteurs. La nation en armes requiert un peuple en armes. Appel aux volontaires !

Par malheur, les volontaires n’affluent pas : peut-être parce que le patriotisme fait encore défaut. Le Français moyen, hier fidèle à son roi (par habitude et par dévotion, plutôt que par raison ou par amour), ne se sent pas de goût à s’enrôler dans les armées de la République. Le « patriote » est alors celui qui répudie l’Ancien Régime et défend le nouveau; il n’est pas celui qui se sent solidaire de la « patrie ». A la rigueur, il est attaché à sa petite patrie locale, à sa province, plus encore à son terroir et à sa paroisse. La France, qui ne se confond plus avec la personne du monarque, lui est étrangère, à tout le moins indifférente. Dès lors, pourquoi s’engager dans les bataillons de la nation armée ?

« La Révolution leur criait : Volontaires, Mourez pour délivrer tous les peuples vos frères ! » Ainsi le poète magnifiera les soldats de l’an Deux, ces va-nu-pieds superbes. Mais l’historien constate qu’ils ne sont pas nombreux à se précipiter pour délivrer des peuples qui ne réclament rien.

Chaque commune est impérativement invitée à fournir son contingent de « volontaires », dont le nombre est fixé par les districts. Lorsqu’elle ne les tire pas au sort, elle les nomme d’office, en se débarrassant des mauvais sujets, des chômeurs, voire des « patriotes » encombrants. Les hommes ainsi désignés peuvent se faire remplacer, moyennant quelques centaines de livres, s’ils ne se sentent pas une vocation de combattant. Un marché de volontaires se met en place.

La statistique des enrôlements « bénévoles » est imprécise, justement parce qu’elle témoignerait d’un manque d’enthousiasme peu flatteur. Le nombre de ceux qui rejoignent les armées est à coup sûr inférieur au nombre de ceux qui se sont présentés aux tribunes patriotiques. Au volontariat déficient, il faut substituer une technique inédite, celle de la réquisition. En 1793, un décret (du 23 août) organise la levée en masse. C’en est fini des armées de métier, formées de nobles et de mercenaires. Le peuple entier est appelé à mourir sur les champs de bataille. La Révolution égalitariste banalise un privilège jusqu’alors réservé à quelques-uns. Elle démocratise la gloire et le trépas.

« Article 1″ Le peuple français déclare, par l’organe de ses représentants, qu’il va se lever tout entier pour la défense de sa liberté, de sa Constitution et pour délivrer enfin son territoire de ses ennemis. »

Ce texte, adopté par la Convention dans l’enthousiasme, « nationalise » la guerre. Il met tout le pays à la disposition du gouvernement : hommes, chevaux, subsistances, armes, munitions. « Les jeunes gens iront au combat. Les hommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances. Les femmes feront des tentes, des habits, et serviront dans les hôpitaux. Les enfants mettront le vieux linge en charpie. Les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l’amour de la République. »

De dix-huit à vingt-cinq ans, tous les jeunes gens non mariés, ou veufs sans enfants, composent la première levée : ils se rassemblent au chef-lieu de district, reçoivent armes et instructions; ils doivent être prêts à partir au premier jour. La génération de vingt-cinq à trente ans compose la deuxième levée : elle assure le service de l’intérieur, et doit se tenir prête au combat. Les hommes de trente à soixante ans sont disponibles au gré des représentants, selon les besoins de la guerre.

Pour équiper, loger, nourrir les requis, pour fabriquer les armes, payer les chevaux enlevés aux paysans, la République multiplie les assignats; au décret de la levée en masse répond sans tarder une émission record de papier-monnaie (2 milliards de francs, décret du 28 septembre 1793), émission qui s’avérera vite insuffisante et qu’il faudra compléter deux mois plus tard.

A ce prix, la Convention parvient, en 1794, à lever quelque 1 200 000 hommes : une armée sans précédent, dont l’effectif permanent dépasse 800 000 hommes.

Cette mobilisation n’a pas été menée à bien sans problèmes. Dans toutes les provinces de France, sans parler de la Vendée, la levée en masse s’est heurtée, tantôt au mauvais vouloir, tantôt à un refus obstiné. Par exemple, mais ce n’est qu’une illustration parmi d’autres de la colère populaire, le pays flamand renâcle. Georges Lefèvre (les Paysans du Nord pendant la Révolution) rapporte que « dans beaucoup de villages, personne ne bouge ». Nombre de communes du district de Cambrai veulent ignorer la loi. « A Morbecque, les femmes s’attroupent, puis les hommes arrivent, armés de bâtons ferrés et de fléaux, criant : Vivent les aristocrates, au diable les patriotes! » Des scènes semblables se déroulent à Steenbecque, Meteren, Meris, Blaringhem, Boenghem, Sercus et dans tout le canton de Steenvoorde. « A Hazebrouck même, une bande de quatre cents à cinq cents paysans attaquent le corps de garde… » Ailleurs, les hommes ne consentent à rejoindre que moyennant cent à trois cents livres, ou contre des parcelles de biens nationaux. On enrôle à prix d’argent.

Il apparaît bientôt nécessaire de légiférer une nouvelle fois. La guerre continue, même si la patrie n’est plus en danger et si le territoire n’est plus envahi. Il importe de remplacer un décret d’exception par une loi définitive, qui donne à la nation un instrument militaire indépendant des circonstances. La loi Jour-dan y pourvoit en 1798 (an VI).

Jean-Baptiste Jourdan, le vainqueur de Fleurus, élu à l’assemblée des Cinq-Cents, y rapporte la loi qui fixe les nouvelles conditions de la conscription. Tous les Français, désormais, sont soldats de droit, de vingt à vingt-cinq ans, et se doivent à la défense de la patrie. Ils sont répartis en cinq classes, année par année. Suivant la nécessité, le gouvernement les appelle, en commençant par la classe des vingt ans. Il peut ensuite appeler les quatre autres classes, en fonction des besoins. En temps de paix, la durée du service varie d’un à cinq ans. En temps de guerre, elle est illimitée. Aucune exemption, sauf pour ceux qui étaient mariés avant la loi, ou qui ont déjà servi dans les guerres précédentes.

(…) La désertion est l’un des phénomènes significatifs de ce temps, et la conséquence logique de la conscription, qui n’est pas encore entrée dans les mœurs, et que les Français tiennent pour une innovation oppressive. Avant même de déserter, ils tentent de se soustraire à la réquisition. Ou bien, comme les Vendéens, ils se soulèvent. Ou bien ils se marient en hâte, pour bénéficier d’un cas d’exemption. Ou bien ils se mutilent volontairement, pour échapper au service actif : un genou enflammé interdit de marcher; des incisives arrachées empêchent de déchirer la cartouche de papier qui contient poudre, bourre et balle; un pouce coupé ne permet plus d’épauler correctement le fusil. On se passe les bonnes recettes de mutilation.

Déjà, Dumouriez en l’an II compte 25 000 déserteurs, dont 1 500 passent à l’ennemi. En l’an VII, quand agonise le Directoire, on en dénombre 31 000 sur 77 000 jeunes conscrits. Quand, dans les dernières années de l’Empire, la défaite est, autant que la gloire, au rendez-vous de l’histoire, quand se multiplient, aux dépens des classes nouvelles, les appels sous les drapeaux, les désertions sont contagieuses.

En 1811, une douzaine de colonnes mobiles de « garnisaires » parcourent la France pour obliger à se soumettre 60 000 réfractaires qui hantent les bois et les montagnes, souvent avec la complicité et le concours de la population. Davout et ses cavaliers doivent sabrer ceux qui ont cherché refuge entre l’Escaut et l’Elbe, et que les Allemands accueillent et encouragent.

En 1812, des mutineries s’organisent, dans plusieurs villes de France, et notamment parmi la jeunesse des écoles, pour protester contre la levée des cohortes. De nouvelles colonnes mobiles pourchassent les récalcitrants et, faute de pouvoir s’en saisir, occupent leurs logis et taxent leurs familles.

(…) En 1814, pendant la campagne de France, les conscrits de la dernière heure n’hésitent guère à abandonner les rangs, lorsqu’ils traversent des départements familiers. A la chute de l’Empereur, l’armée se décompose littéralement : d’autant plus volontiers que le comte d’Artois a lancé le mot d’ordre : « Plus de conscription ! » Les routes se couvrent de soldats en débandade.

(…) Au total, de 1789 à 1815, l’épopée doit faire environ 1 400 000 victimes, tombées à l’ennemi, ou décédées des suites de leurs blessures ou disparues : 400 000 pour les guerres de la Révolution, un million pour celles de l’Empire. Reste à prendre en compte, pour parvenir au bilan final, les morts de la Terreur et de la Vendée.

René Sédillot, Le coût de la Révolution Française

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Une réflexion sur “1789 : 2 millions de morts français ou comment démocratiser le trépas en France !

  1. lire « histoire du citoyen » de Jean de Viguerie, ed. Via Romana.

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