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La Vérité sur l’Inquisition et la Tolérance Catholique

 

 

La Conversion de saint Paul.

L’Inquisition est, pour le chrétien d’aujourd’hui, une cause d’étonnement et de souffrance

écrivait en 1948 J. Viejan. Au début du siècle, E. Vacandard pensait pareillement dans son traité resté classique, L’Inquisition. Étude historique et critique sur le pouvoir coercitif de l’Église. Ce qui se retrouvait dans l’article du même auteur consacré à « l’Inquisition » qu’accueillit le Dictionnaire de Théologie catholique.

Nous ne croyons pas, rejoignant en cela des historiens réformés et autres non-catholiques, que ces belles réactions de cœurs chrétiens, à y regarder d’un peu près et dans leur généralité de condamnation, soient fondées historiquement, moralement et, en définitive, chrétiennement.

C’est un fait d’abord qu’elles s’établissent sur une information historique légère, ce qui ne manque pas de surprendre l’observateur se voulant équitable.

C’est un autre fait qu’elles ne donnent que trop libre cours à un déni de justice devenu permanent à l’égard de l’Église et des chrétiens, dans la presse, à la télévision et dans les livres d’histoire.

L’AUTRE BÛCHER

Car tout ce qui est reproché à l’Inquisition : les dénonciations abusives, l’acharnement à convaincre de crime, l’absence d’avocats véritables au service de l’accusé, la sentence rendue d’avance, l’opprobre éternellement attaché au condamné et aux siens, l’exécution abominable dans les flammes purificatrices, au nom d’une vérité n’admettant pas la contestation, tout cela fait le fond de la procédure invariable et du jugement invariable s’en prenant, à travers l’Inquisition et bien au-delà d’elle, au passé et à l’autorité dogmatique de l’Église.

Eh bien ! Il s’impose de sortir de ce cercle vicieux. En donnant enfin la parole à l’histoire seule.

En laissant ainsi ses chances vraies à la défense de l’accusée ; une défense digne d’être requise, là comme ailleurs. En ne prenant pas comme ligne d’enquête la condamnation rendue d’avance. En faisant s’élever, s’il le faut, la contestation de la vérité officielle, quelque nouveau masque qu’elle prenne. Et en ne se donnant pas, comme visée ultime, la joie de dresser et d’enflammer un autre bûcher.

Les catholiques sont moins stupides et ignorants que le croient manifestement certains. Ils ont toujours su faire les distinctions que l’évidence impose. Ils ne canonisent pas tout le passé de l’Église, ni surtout toute l’histoire inquisitoriale, mais ils se refusent à les condamner indistinctement.

C’est le peuple chrétien qui a raison et c’est pour lui que nous écrivons, avec l’espoir que quelques bribes au moins de notre redressement de la vérité historique lui parviendront. Pour lui montrer qu’il a vraiment raison, que l’Église n’a pas été la maîtresse d’intolérance et d’obscurantisme dont on lui commande d’avoir honte. Pour lui confirmer ce qu’il ressent obscurément : que ses pères n’ont été ni les complices de criminels, ni les imbéciles qu’on lui commande de répudier.

Sinon pourquoi écrire ? A chaque instant, nous devons, on l’a vu et on le verra, relever les erreurs de ce qui tient souvent lieu aujourd’hui de vérité historique chez des chrétiens abusés, eux-mêmes. Toujours, chez nous, dans le même sens : pour défendre l’Église. Qui n’en serait écœuré ? Et à quoi bon ? L‘aggiornamento polémique, nouveau Dieu en mille personnes, ne liquide-t-il pas jusqu’à la légitimité de toute connaissance d’un passé condamné ipso facto ? Les circuits de la néo-censure inquisitoriale, infiniment plus efficace que l’ancienne, ne sont-ils pas bien en place, soit par le dénigrement, soit mieux encore par le silence concerté ?

LA PREMIÈRE INTOLÉRANCE EST JUIVE

L’Église a-t-elle été cette maîtresse d’intolérance qui est partout dénoncée aujourd’hui ?

Rien n’est moins évident. Commençons par le commencement. La première persécution de notre ère n’est ni chrétienne, ni même païenne : elle est juive. Saint Paul, après avoir été comme Juif persécuteur des chrétiens, est lui-même persécuté par les Juifs après sa conversion. Parce qu’il est né dans la tribu de Benjamin dont l’emblème est un loup, on le traite de loup ravisseur et on le poursuit comme tel. Il manque de peu être lynché et il est arrêté, jeté en prison. Il ne s’en tire que parce qu’il peut faire appel à Rome. Les autres chrétiens de Jérusalem n’ont pas sa chance.

En l’an 62, à l’occasion d’une vacance entre deux procurateurs romains, le grand-prêtre juif (de la famille de celui qui avait condamné Jésus) fit arrêter Jacques et beaucoup d’autres ; ils furent condamnés et lapidés

[…] L’intolérance juive ne s’en prend pas, d’ailleurs, qu’aux chrétiens. Après avoir mis à mort ceux-ci en 62, elle lance en 66 un impitoyable massacre non seulement des Romains occupants, mais des Grecs. A quoi répliquera l’écrasement de Jérusalem par Titus et la destruction du Temple annoncé par le Christ. Puis, dans la diaspora qui en résulte, l’intolérance juive reste égale à elle-même. Un des plus illustres exemples de répression obscurantiste est donné, à la fin du XVIIe siècle encore, par les rabis d’Amsterdam condamnant le philosophe Spinoza à une véritable mort civile. Sa capitale Ethique ne pourra être publiée que posthume.

Fernand Braudel le note :

Un historien aussi sympathique aux Juifs que le grand Lucio de Azevedo peut soutenir que l’intolérance juive, au seuil du X VIe siècle, a été plus grande certainement que celle des chrétiens, ce qui est sans doute trop dire. Mais enfin cette intolérance est évidente

Et Américo Castro ne pense pas que Lucio de Azevedo ait trop dit. Il souligne que l’intolérance juive, comme le montrent les jugements de tribunaux rabbiniques médiévaux publiés par A.A. Neumann, se fonde toujours sur un racisme féroce.

Ainsi à la fin du XIIIe siècle rabi Isaac n’autorise un mariage dans sa communauté que parce que les deux époux sont exempts de tout « mélange de sang impur ». Ainsi, en 1319, une Juive de Coca (près de Ségovie) ayant eu un enfant d’un chrétien, les responsables juifs se proposent de lui

couper le nez, afin de défigurer le visage par lequel elle avait été agréable à son amant.

Cela conformément à l’Ancien Testament qui prescrit (Esdras 9. 1-2 et 2, 62) de ne pas mêler la « semence sainte » avec les peuples impurs et de « jeter hors du sacerdoce » qui ne peut présenter le registre de sa « pureté de sang ». Cette obsession du registre de la pureté du sang, notamment dans le sacerdoce, aboutit à ce résultat pittoresque : Rabi SalomonHalevi, converti au christianisme et devenu évêque de Burgos sous le nom de Pablo de Santa Maria, compose un discours intitulé Origine et noblesse de mon lignage ; il y démontre par lui-même qu’il est parfaitement indemne de « sang impur ».

Nous ne trouvons rien de comparable dans la Castille [chrétienne] du Moyen Age,

souligne Américo Castro. Qui conclut :

L’exclusivisme [ultérieur] de l’Espagne catholique fut une réplique à l’hermétisme des juiveries.

Ce que confirme, à la fin du XVe siècle, le chroniqueur d’origine juive Hernando del Pulgar.

[Les Juifs] paient aujourd’hui la prohibition de se marier avec des Gentils que leur fit Moïse

écrit-il.

LA SECONDE INTOLÉRANCE EST ISLAMIQUE

Lorsqu’elle n’est pas juive, l’intolérance au Moyen Age, notamment espagnol, est le fait des extrémistes de l’Islam. Cela contrairement à l’assez large tolérance recommandée par le Coran, au moins envers les « gens du Livre », c’est-à-dire les Juifs et les chrétiens se rattachant à la même Écriture que l’Islam. Dès que s’emparent du pouvoir les extrémistes almoravides, puis almohades, à partir du Xle siècle, la Péninsule sous domination musulmane sombre dans la plus totale intolérance.

Chrétiens et Juifs sont persécutés jusqu’à l’extinction ou à l’exil. Ainsi le théologien juif Maïmonide doit feindre la foi musulmane avant de pouvoir s’exiler. Ainsi la chrétienté sous pouvoir musulman, dite mozarabe, qui avait subsisté jusqu’alors, est entièrement détruite, à moins qu’elle ne réussisse à gagner les terres chrétiennes. Et, de toute manière, dans l’Islam lui-même, l’Inquisition est une institution populaire qui fonctionne constamment », indépendante des tribunaux ordinaires « dans les fonctions de poursuite et de délation », note l’arabisant Miguel Asin Palacios.

Mais les préjugés anti-catholiques sont si forts que tout un chacun est persuadé que l’Inquisition, comme l’intolérance et le racisme, sont une invention de l’Église.

L’autodafé de livres est réputé le fait de l’Inquisition espagnole, qui n’en connut ni le mot dans ce sens, ni la réalité, comme nous le montrerons dans le chapitre à elle consacrée ; l’Inquisition espagnole qui ne commence que dans les années 1480. En revanche, tout un chacun se voit partout répéter les louanges de la culture et de la tolérance de la Cordoue musulmane du Moyen Age, à « l’incroyable bibliothèque royale, riche de 600 000 volumes ». Alors que dès les années 950 y naît l’obscurantisme le plus violent. Et qu’en 976 Almanzor, donnant pleine satisfaction aux intolérants animés par les théologiens musulmans, « organise une véritable Inquisition officielle » et « expurge toutes les bibliothèques de l’empire [calital], sans en exclure la bibliothèque royale d’Al-Hakam II » elle-même, dont les ouvrages sont presque entièrement livrés aux flammes en un autodafé gigantesque, modèle. Après règnent Almoravides et Almohades.

LA SYMBIOSE CHRÉTIENNE

Si nous revenons chez les chrétiens, que voyons-nous ? Le paganisme subsiste à peu près librement jusqu’à l’effondrement de l’Empire romain d’Occident, y compris dans les élites dirigeantes, nous l’avons noté dans notre premier chapitre. En Occident, le paganisme ni l’hérésie arienne ne sont jamais vraiment persécutés. Notamment en Gaule où le père et docteur de l’Église saint Hilaire de Poitiers, pourtant persécuté lui-même par des ariens, lance au IVe siècle :

Dieu, maître de tout, n’a besoin ni d’obéissance forcée, ni d’adoration contrainte.

C’est que, contrairement à saint Augustin, Hilaire ne trouve pas son inspiration dans la tradition biblique étroite, mais dans la pensée chrétienne enrichie par la philosophie et la morale antiques. Adaptant le legs d’Aristote à la foi chrétienne, il est l’initiateur de ces Sommes théologiques et morales qu’illustrera saint Thomas d’Aquin.

La christianisation de la Gaule, comme de tout l’Occident, se fera dès lors par la prédication, dans la symbiose, y compris festive et paracultuelle, avec la tradition païenne. Celle-ci sera recouverte en même temps qu’assimilée. Mais, si elle verra son culte public en principe interdit par Théodose, elle ne sera pas anéantie par la force. Les campagnes notamment resteront très longtemps païennes, comme en témoigne le mot païen qui vient de paganus, paysan. Les cultes païens seront plus christianisés que détruits. Ainsi Erasme pourra-t-il ironiser sans pudeur sur ces matelots qui, pour se sauver de la tempête, entonnent le Salve Regina :

Jadis, écrira-t-il, c’était Vénus qui assurait la protection des matelots ; ne la disait-on pas née de la mer ? Elle a cessé ses fonctions. A la place de cette mère qui n’était pas vierge, on a mis une Vierge qui était mère.

L’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire réexprimera le culte d’un grand centre druidique ; Noël réinterprétera la fête du solstice d’hiver; la Saint-Jean, celle du solstice d’été ; la hiérarchie des anges baptisera les éons néo-platoniciens.

Et pourquoi pas ? La Bible n’avait-elle pas été inspirée elle-même dans l’appel à des traditions non juives ? Le Messie n’avait-il pas été annoncé par Zoroastre et par les sibylles, comme par les prophètes d’Israël ? L’Enfant-Dieu n’avait-il pas été révélé aux mages, prêtres du culte zoroastrien d’Iran ? Et l’Évangile ne nous montre-t-il pas que l’Enfant fut magnifiquement accueilli par ces mages, avant qu’ils rentrent « chez eux », alors que le roi Hérode ne cherchait que sa mort ?

PLUS D’UN MILLÉNAIRE DE TOLÉRANCE

Est-ce le paganisme qui pourrait reprocher au christianisme cette assimilation, cette symbiose ? Mais il n’a cessé lui-même d’être assimilation et symbiose. Lorsqu’en 212 Caracalla accorde la citoyenneté romaine à presque tous les habitants de l’Empire, il indique, dans la constitution qui proclame cet événement, que tous les hommes devront désormais communier dans une même religion, celle du grand dieu Sérapis.

Or, celui-ci n’est autre que le syncrétisme de tous les dieux majeurs du paganisme: Zeus, Jupiter, Apollon, Amon, Osiris, Baal et Mithra.

Puis Sévère Alexandre, quelques années plus tard, réunit dans sa chapelle impériale les images d’Orphée, d’Abraham, d’Apollonius de Tyane et de Jésus. Puis Aurélien proclame une monarchie de droit divin fondée sur un monothéisme solaire. Un collège spécial de prêtres du Soleil est créé et un temple du Soleil inauguré. Puis ce culte solaire est recouvert, par Dioclétien, du culte mithriaciste. Enfin, par-delà Constantin, Julien rétablit ce paganisme monothéiste comme religion d’État, exclut les chrétiens de l’enseignement et des emplois publics, mais s’empresse de chercher à rénover le paganisme de l’intérieur en lui injectant les vertus et valeurs chrétiennes.

Aurait-il réussi que son paganisme chrétien, dans l’affaissement spirituel et moral du monde païen, aurait eu toute chance de ressembler au christianisme assimilant le paganisme, comme bonnet blanc ressemble à blanc bonnet. Rien alors ne peut faire que la situation ne soit pas celle-ci :

La pensée païenne […] a perdu tout dynamisme. La seule force intellectuelle agissante est le christianisme, qui s’impose dans tous les domaines. Toutes les valeurs sont révisées sous l’angle chrétien.

Bref, pendant l’entier premier millénaire de l’Église et même au-delà, jusqu’à la fin du Xlle siècle, il n’y a pas, en Occident au moins, de persécution par l’Église. Les seuls exemples momentanés et particuliers qu’on pourrait donner alors d’une intolérance chrétienne sont marginaux et plus politiques ou sociaux que religieux. Telles sont la persécution intermittente des Juifs par les Wisigoths d’Espagne et la conversion en partie contrainte des Saxons par Charlemagne.

Peu après l’An Mille, les massacres de Juifs dans la région rhénane, au moment du grand ébranlement des départs à la croisade, sont le fait de l’illuminisme et des rancœurs populaires, non de l’Église, comme le confirmeront au XIIIe siècle les exactions des Pastoureaux.

Un autre exemple momentané et particulier est religieux, mais il est dû à l’initiative d’un monarque : la condamnation des manichéens d’Orléans par le roi Robert le Pieux qui est d’ailleurs menacé d’anathème, lui-même, pour d’autres raisons. Il y a bien peu d’institutions qui se soient, comme l’Église, maintenues à peu près indemnes d’intolérance pendant plus d’un millénaire.

On ne saurait en dire autant des trois civilisations dont elle fut alors la contemporaine : le judaïsme, l’Empire romain, l’Islam. A l’égard de ce dernier, malgré ses violences conquérantes atteignant le cœur de la chrétienté, la tolérance sera même telle que, dans les années 1070, le pape Grégoire VII écrira au prince de Mauritanie Al-Nasir qu’il désire maintenir avec lui de cordiales relations. Car, précisera le Pontife :

Nous croyons dans un même Dieu et le confessons, quoique de diverse manière !

LA PLUS EXTRAORDINAIRE CIVILISATION DE LA TOLÉRANCE

Mieux encore : personne à notre connaissance ne semble avoir dit jusqu’ici, dans notre pays, que largement après le premier millénaire de l’Église a fleuri, en Occident chrétien, la plus extraordinaire civilisation de la tolérance qui se puisse imaginer. Une civilisation qui est en bonne partie française, de participation et d’influence. Quelle merveilleuse histoire, aux mille reflets de fraternité chatoyante ! Et à peu près totalement inconnue, étouffée par les préjugés régnants.

A suivre…

Blanche Belleroy d’après Jean Dumont « L’Église au risque de l’Histoire » pour Royalistes.Net

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