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La Contre-Révolution vs La Gouvernance Mondiale

Œuvres de Louis XVI – partie II : de la guerre, de la justice

Louis XVI

Louis XVI

Œuvres de Louis XVI – partie II : de la guerre, de la justice

Louis XVI est un martyr. Il a été bon, il a été juste ; on l’a calomnié et assassiné.

LIVRE PREMIER

RÉFLEXIONS SUR MES ENTRETIENS AVEC M. LE DUC DE LA VAUGUYON

par

LOUIS-AUGUSTE, DAUPHIN (LOUIS XVI)

VIe ENTRETIEN (suite du )

Le premier principe de tout bon gouvernement, c’est l’humanité, la bonté et la bienfaisance.

Le premier devoir de l’humanité pour un prince, est de maintenir le droit des gens, ou la loi qui sert de règle au commerce que les nations ont ensemble ; le droit des gens, qui est vraiment la loi naturelle des États, et le droit naturel lui-même, en tant qu’on l’applique non seulement aux hommes considérés comme tels, mais aux hommes considérés comme peuples, nations et États, dans les rapports qu’ils ont entre eux.

Ce droit des gens sans l’humanité ne serait qu’une vaine spéculation; avec l’humanité, il devient un droit sacré, un lien de paix et de concorde entre tous les peuples. L’humanité nous apprend à regarder les autres peuples comme des sociétés dont le bonheur nous intéresse, et auxquelles nous ne pourrions nuire sans injustice.

Elle nous oblige d’user de la même bonne foi envers les peuples étrangers qu’envers les citoyens ; à être fidèles aux traités conclus avec eux ; à respecter leurs envoyés, comme revêtus d’un caractère sacré ; à ne pas secourir les ennemis d’un État avec lequel on est en paix; à ne pas troubler son commerce, à ne pas envahir ses possessions, à ne pas ravager ses provinces ; et, dans la guerre même la plus juste, il est des règles que prescrit le droit des gens ou la loi de l’humanité, qui en est comme l’application ou l’exercice.

Il n’est permis de prendre les armes que pour une cause légitime.

On ne doit se déterminer à la guerre qu’après la plus mûre délibération, et dans le cas seulement où on ne peut l’éviter.

On ne doit entreprendre la guerre que dans la vue d’acquérir la paix.

On ne doit prendre les armes que quand le droit est manifeste ; et l’on ne doit pas se régler sur les défiances qu’on aurait conçues de ses voisins, moins encore sur le motif de sa propre gloire et de son intérêt particulier.

On ne doit faire la guerre que pour des causes non seulement justes, mais importantes.

On doit comparer les avantages qu’on se promet de la victoire avec les maux infinis qui résultent de la guerre.

On doit se ressouvenir toujours, au milieu des hostilités, qu’il y a chez l’ennemi une multitude d’innocents, tels que les femmes, les enfants, les vieillards, les laboureurs, les ministres de la religion, ceux qui mettent bas les armes, les prisonniers faits dans les combats et les otages ; que ce n’est point contre ces personnes, hors d’état de pouvoir nuire, que le soldat doit être armé.

On doit s’abstenir de toutes violences qui ne peuvent faire que du mal et des malheureux sans contribuer au bien de l’entreprise.

On doit faire respecter, même au milieu des horreurs de la guerre, les mœurs et la pudeur.

10° On doit user de modération dans la conquête, adoucir le joug de la dépendance au peuple qui a été conquis et ne point oublier que des hommes libres jusqu’alors ne se regardent point comme esclaves, quoiqu’ils sachent qu’ils ont été les plus faibles ; et à quoi ne s’expose-t-on pas en traitant avec orgueil et dureté ceux que les combats et le malheur ont déjà si fort aigris ?

Si un prince est obligé de faire la guerre, il doit s’y porter avec intrépidité, la pousser avec vigueur ; camper avec les troupes, les mener au combat, les animer par sa présence, de la voix, du geste et de l’exemple. Le prince doit s’exposer comme la tête, et non comme les mains ; comme celui qui doit donner les ordres, et non comme celui qui doit les exécuter.

Je n’oublierai jamais cette belle parole du Roi mon grand-père: « Voyez, disait-il à M. le Dauphin, mon père, sur le champ de bataille de Fontenoy, qu’elles sont les horreurs de la guerre ! Voyez tout le sang que coûte un triomphe ! Le sang de nos ennemis est toujours le sang des hommes ; la vraie gloire, mon fils, c’est de l’épargner. »

Si la vraie gloire pour un prince est d’avoir de tels sentiments pour ses ennemis mêmes, quelle est l’affection qu’il doit avoir pour son propre peuple ! Le roi, le berger, le père, ne sont qu’une même chose. — « Dieu ne m’a donné mes sujets, disait Henri le Grand, que pour les conserver comme mes propres enfants. »

Un bon roi, un grand roi ne doit avoir d’autre objet que de rendre son peuple heureux et vertueux ; et pour quel autre peuple peut-on avoir ce sentiment avec plus de justice que pour ce peuple actif et industrieux, brave, intrépide, doux, aimable, et que je suis destiné à gouverner un jour ?

Je dois donc diriger toutes mes vues par le sentiment de la plus vive affection pour mes peuples, dans l’établissement et la manutention des lois, dans l’administration intérieure, dans l’imposition et la perception des tributs ; dans le choix de mes ministres, et de tous ceux à qui je me trouverai obligé de confier les détails du gouvernement.

Ce qui contribue au bonheur des peuples, c’est la paix dans l’intérieur de l’Etat et dans le sein des familles : nulle paix à espérer dans l’un ni dans l’autre, sans un corps de lois politiques et civiles.

Quelles doivent être ces lois ?
Justes, claires, appropriées au génie de la nation.

La justice des rois doit ressembler à celle de Dieu même, qui est sans passion, sans partialité, sans excès ; les lois ne doivent pas être trop sévères.

Les peines doivent être proportionnées à la qualité des fautes. L’impartialité dans l’exécution des lois est un point de la dernière importance. Tous les sujets d’un roi sont ses enfants; tous doivent jouir de la protection des lois, et tous doivent craindre également la peine attachée à leur infraction. Se relâcher de la rigueur des lois en faveur des grands et des riches, et ne la réserver que pour les petits et les pauvres, ce serait prendre en main cette balance injuste qui est une abomination en présence du Seigneur. Les lois politiques et civiles doivent être claires, c’est-à-dire d’un style concis, simple, dégagé d’expressions vagues, inutiles et chargées d’exceptions. Le Décalogue, écrit de la main de Dieu, est un modèle parfait en ce genre; les lois des Douze Tables, chez les Romains, ne contenaient qu’un texte fort court. Avant de porter des lois, il faut prendre l’avis des magistrats les plus sages et les plus accrédités ; il faut qu’elles soient appropriées au génie et à l’état où se trouve la nation. Il y a des occasions où il vaut mieux inviter que contraindre, et conduire que commander.

Un roi destiné au trône doit regarder tout ce qui concerne la législation comme une de ses occupations principales ; il doit lire les meilleurs ouvrages en ce genre, en faire des abrégés lui-même, et consulter les plus habiles publicistes.

En France on néglige trop l’étude du droit naturel, du droit des gens, du droit public et politique. Feu mon père se plaignait, tous les jours, de l’ignorance en ce genre; il s’y appliquait et y était devenu très éclairé.

Les tributs, les subsides, ou les impôts, sont une sorte de salaire que les peuples paient à l’État, et non au souverain personnellement. L’objet en est la défense de leurs vies et de leurs biens.

Les quatre grands ressorts des richesses d’un roi sont : 

L’économie,

     2° L’expérience de la mauvaise fortune,

     3° L’amour des peuples,

La connaissance des maux que cause une administration mal entendue.

L’économie consiste à régler et à borner les dépenses ordinaires, à éviter le luxe et la prodigalité, et à ne pas souffrir que les subalternes dissipent les revenus publics.

Il n’y a que Dieu seul qui gouverne l’univers par lui-même; les princes les plus éclairés ont besoin d’être aidés à porter le poids immense du gouvernement des États, non-seulement par des ministres immédiats et résidents auprès de leurs personnes, mais encore par une multitude d’autres hommes placés de degrés en degrés, qui remontent depuis le dernier des citoyens jusqu’au chef et au maître suprême de la nation. Ce maître suprême ne doit jamais employer que des hommes pleins de probité, des hommes zélés pour le bien public, des hommes prêts à se sacrifier pour les intérêts de la patrie. Il ne doit donner sa confiance qu’aux plus vertueux citoyens, à ceux qui ont généralement l’estime du public, à ceux qui savent allier la gloire du prince avec les intérêts du peuple, l’amour du travail avec le talent de le faire aimer, et qui se conduisent par les plus grands motifs.

Platon remarque, dans son Traité des lois, qu’il est impossible à un homme, quel qu’il soit, de s’acquitter du devoir d’un bon magistrat, s’il ne connaît pas Dieu, ou d’inspirer au peuple l’amour de la justice, s’il ne lui apprend auparavant à connaître Dieu. Ce qu’un philosophe païen n’a fait qu’entrevoir par le secours de la raison naturelle devient pour nous une vérité infiniment lumineuse, depuis que nous sommes éclairés du flambeau de la foi. En effet, faire connaître Dieu, c’est la racine de toute bonté et de toute justice ; connaître Dieu et faire connaître Dieu, ces deux mots comprennent toute la science du gouvernement. De là, comme de la source la plus pure, découlent l’humanité, la bienfaisance, la clémence et l’affabilité.

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