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La Contre-Révolution vs La Gouvernance Mondiale

Œuvres de Louis XVI – partie III : sur la bienfaisance

Louis XVI

Louis XVI

Œuvres de Louis XVI – partie III : sur la bienfaisance

Louis XVI est un martyr. Il a été bon, il a été juste ; on l’a calomnié et assassiné. 

PREMIER
RÉFLEXIONS SUR MES ENTRETIENS AVEC M. LE DUC DE LA VAUGUYON

par

LOUIS-AUGUSTE, DAUPHIN (LOUIS XVI)

VIIe ENTRETIEN  

Sur la bienfaisance

L’humanité pourrait être renfermée dans les sentiments intérieurs du cœur, mais la bienfaisance doit se répandre au dehors. Il ne peut y avoir de bienfaisance sans humanité, mais il serait possible d’être humain sans être bienfaisant.

Les rois et les princes trouvent toujours des moyens et des facilités de donner, de récompenser, de prévenir par des grâces et de procurer mille avantages à leurs sujets, et surtout un roi de France, qui en a dans ses mains une source intarissable.

Les peuples, et surtout les Français, veulent absolument reconnaître dans leurs souverains ce caractère vraiment royal de la bienfaisance ; c’est la première qualité qui les frappe, et qui les porte à excuser les imperfections du gouvernement, lorsqu’ils sont une fois bien persuadés que leur prince est un prince bienfaisant.

Le moyen le plus efficace pour se maintenir dans la possession des cœurs, c’est la bienfaisance ; tout bienfait appelle la reconnaissance ; tout homme qui fait du bien mérite qu’on lui en fasse, tout ingrat est coupable. La bienfaisance développe ce sentiment ; il est la voix de la nature, et l’Etre suprême l’a gravé dans tous les cœurs. La bienfaisance augmente les forces du souverain et relève infiniment la gloire de son règne.

Sésostris surpassa tous les rois d’Egypte en grandeur, en puissance, en magnificence, et ce prince fut toujours l’amour des peuples dont il faisait le bonheur. Cyrus a du ses conquêtes au soin qu’il prit de se faire aimer par sa bonté et sa libéralité. L’empereur Antonin gouverna le monde comme une famille où règnent les lois, le bon ordre et l’abondance ; il fut économe pour lui-même, afin de subvenir aux besoins du genre humain. Charlemagne, par un caractère généreux et bienfaisant, mérita du monde entier le glorieux nom de Père de l’univers.

La bienfaisance a tant de pouvoir sur les peuples, qu’il est souvent arrivé qu’elle a affermi le trône des usurpateurs : Théodoric en Italie ; Pépin, chef de la seconde race, en France; Othoman en Orient. On en pourrait citer mille autres exemples. Mais les souverains légitimes qui ont oublié ou blessé la bienfaisance ont essuyé les plus grandes révolutions : Roboarn, parmi le peuple de Dieu; Lacédémone en Grèce; la révolution du corps helvétique, séparé de la domination de la maison d’Autriche; la Suède, enlevée par Gustave Vasa à Christiern II ; la révolution de Portugal, etc., en sont de funestes preuves.

C’est une maxime bien essentielle dans le gouvernement, de prévenir que les peuples ne tombent dans une sorte d’indifférence qui leur fasse penser qu’il est égal de vivre sous une domination ou sous une autre : de pareils sentiments ne s’élèvent jamais dans les cœurs qui éprouvent que le souverain veut le bien de ses peuples et qu’il le prouve par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Je dois obéir et respecter les nœuds sacrés de l’affection nationale, et les resserrer de plus en plus par l’exercice d’une bienfaisance continuelle.

Je me garderai bien de parler toujours aux peuples de mes besoins, et presque jamais des leurs ; je veux qu’ils sachent que mon premier désir et mon soin principal sera toujours de les soulager, de les décharger et de les encourager, et que si la nécessité des affaires de l’Etat me contraint à recevoir d’eux, je serais bien plus porté à leur donner.

La bienfaisance consacre la mémoire des princes ; ce n’est pas par la vaine idée de rendre son nom immortel qu’un prince véritablement chrétien doit chérir cette vertu, mais parce qu’elle est d’un grand mérite aux yeux de Dieu, et qu’elle est l’exercice continuel d’une charité aussi vraiment chrétienne qu’elle est royale. Quelle idée n’a-t-on pas du saint roi, le chef et la gloire de ma race ! Les monuments de sa bienfaisance subsistent encore.

Dans ces derniers temps, quel éclat n’a pas eu la bienfaisance en la personne du roi de Pologne, duc de Lorraine, mon bisaïeul ! Son nom sera éternellement célèbre dans les fastes de l’humanité et de la religion !

La bienfaisance d’un prince doit être noble, juste, impartiale et prudente ; toutes les pensées d’un roi doivent être dignes de son rang. C’est le Saint-Esprit qui s’exprime ainsi par la bouche de son prophète. De toutes les pensées qui ont rapport au gouvernement, celle de faire du bien est la plus noble et la plus royale ; il s’ensuit que l’exercice de cette pensée, qui est la bienfaisance en action ou plutôt le bienfait même, doit porter le caractère de noblesse si essentiel à la royauté.

Celui qui diffère de donner montre qu’il ne donne pas de bon cœur ; il perd tout à la fois deux choses très estimables, le temps et la preuve de sa bonne volonté.

Il faut qu’on remarque dans la bienfaisance la libéralité, le désintéressement et l’attention à obliger ceux qu’on aime ou ceux qui ont droit aux bienfaits du prince…

Si la bienfaisance doit être noble dans ses procédés, elle réclame bien plus encore les lois de la justice. En versant des bienfaits sur l’État ou sur les particuliers qui le composent, un prince est très rigoureusement obligé à ne blesser ni les droits du public ni les droits des particuliers.

La bienfaisance est une vertu qui honore le rang suprême, mais la justice est un devoir qui engage la conscience du prince. La bienfaisance est une tyrannie palliée, quand la justice ne l’accompagne pas. Un bon roi commence par établir une proportion exacte entre ce qu’il peut recevoir et ce qu’il peut donner, entre ses revenus et ses bienfaits ; il regarde l’économie dans tout ce qui concerne sa personne comme le fonds ordinaire de sa bienfaisance ; il sait qu’un prince n’est jamais plus grand que quand ses provinces sont riches, et que tout ce qui l’environne annonce la réserve et la modestie.

Il sait que le luxe n’a jamais contribué à la gloire des souverains, mais que les souverains sages et vertueux ont toujours réprimé le luxe, pour faire régner partout l’abondance.

La bienfaisance presse de donner, et la justice avertit du moment où le don est légitime ; c’est l’accord de la bienfaisance et de la justice qui forme le caractère d’un homme vraiment digne de commander. C’est ce qui a rendu immortels les noms de Tite, de Marc-Aurèle, de Théodose, de Charlemagne, de saint Louis, de Charles V, de Louis XII, de Henri IV. La bienfaisance doit être impartiale, elle doit profiter à tous. Un bienfaiteur injuste ne serait pas un bienfaiteur ; un bienfaiteur partial ne serait qu’un bienfaiteur imparfait.

Un roi doit penser que tous ses sujets ont droit à sa bienfaisance, chacun selon le degré de ses vertus, de ses talents, de ses services. Il y a une bienfaisance de sévérité pour réprimer les entreprises contre les lois ; il y a une bienfaisance de compassion pour les malheureux ; il y a une bienfaisance de protection pour tous les citoyens utiles de quelque rang qu’ils puissent être ; il y a unebienfaisance d’encouragement pour tous les talents qui se manifestent ; il y a une bienfaisance d’estime et de haute distinction pour les vertus éclatantes et pour le mérite supérieur. Les rois peuvent avoir des amis ; mais ils doivent savoir que l’État est le premier objet de leur affection, et que, sans la prudence, la bienfaisance n’est qu’une aveugle dissipation, one prodigalité coupable.

Première règle :

Avoir égard à la qualité des personnes. Si un grand roi peut élever le mérite, il ne doit jamais le déplacer.

L’ancienne, la vraie noblesse, quand elle se trouve jointe à la vertu, honore les emplois qu’on lui confie ; et le simple citoyen, s’il est vraiment digne de la faveur du prince, ne doit point aspirer à des bienfaits dont l’effet serait de confondre les rangs. 

Seconde règle :

Éviter l’indiscrétion dans les bienfaits. Il faut entendre par indiscrétion non l’injustice, qui est toujours un crime, mais la profusion qui vient de légèreté, de précipitation, d’habitude, ou d’une sorte d’enthousiasme qui saisit quelquefois les âmes bienfaisantes. On récompense magnifiquement quelques serviteurs fidèles, et l’on se met hors d’état de récompenser une foule d’autres qui ont le même degré de mérite.

Le célèbre Le Nôtre rappela Louis XIV à ces principes ; le Roi lui doublait, triplait et quadruplait les gratifications, à mesure qu’il lui proposait de nouveaux plans pour les magnifiques jardins de Versailles. Il osa lui dire: « Sire, je ne vous dirai plus rien ; je vous ruinerais. » Il faut toujours se souvenir de l’héroïque folie d’Alexandre, qui, prêt à passer l’Hellespont, distribua presque toute la Macédoine aux compagnons de sa fortune, ne se réservant, disait-il, que l’espérance. Tout intrépide qu’il était, il ne pouvait disposer des événements : s’il avait échoué dans la Perse et dans l’Inde, il se fut trouvé sans patrimoine, sans asile, sans domicile ; et il faut imiter Charlemagne dans la prudence avec laquelle il distribuait les bienfaits. 

Troisième règle :

Supprimer les bienfaits dangereux et les grâces capables de corrompre ceux qui les obtiendraient.

Il est fort dangereux d’accumuler les titres, les richesses et les distinctions sur une tête faite pour obéir, et non pour porter l’éclat du diadème. Il est donc de la sagesse de celui qui gouverne de tempérer sa bienfaisance, de la proportionner aux services, à la fidélité et aux talents ; de veiller sur ceux qui ont part à sa faveur ; de les arrêter quand ils passent les bornes qui sont prescrites par le devoir et par la raison, afin de n’être pas forcé de substituer la sévérité à la bienfaisance. 

Quatrième règle :

Préférer, dans la distribution des bienfaits, ce qui est nécessaire et utile à ce qui n’est qu’agréable et brillant. La bienfaisance des princes doit toujours tendre à ce qu’il y a de plus utile ; les bienfaits exigent des précautions et de la réserve. La bienfaisance des princes doit imiter celle de Dieu même, qui est toujours noble, toujours juste, toujours impartiale et pleine de sagesse ; elle doit être fondée sur le Christianisme et sur la morale de l’Évangile. Il faut que les rois très chrétiens montrent, par toute la suite de leur vie, que la bienfaisance est en eux une vertu, et non un vain titre, et qu’ils l’exercent avec autant de modestie de leur part que d’avantages pour les autres.

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